Après avoir présenté leurs deux premiers courts-métrages lors des éditions précédentes d’EntreVues, Alain Della Negra et Kaori Kinoshita reviennent cette année avec leur premier long-métrage documentaire. La thématique reste la même : la confusion entre monde réel et virtuel par le biais de l’univers de Second Life. En s’intéressant à ce « jeu », qui est un formidable objet d’analyse, les réalisateurs filment des individus lambdas, souvent issus des classes populaires, qui forment un ensemble de communautés réalisant des fantasmes difficilement admis par les règles sociales du monde réel : sexe à outrance ou travestisme par exemple. La caméra ne se fait jamais hautaine et porteuse de jugement sur les dires des sujets filmés : les cinéastes filment des Américains moyens discutant en toute simplicité de leur addiction. La terrible monotonie de la vie des personnages documentaires est mise en parallèle avec les possibilités infinies de Second Life, qui leur permet de sortir de leur quotidien morne et automatisé. La distance entre réel et virtuel se réduit : les individus se rencontrent dans le jeu, s’y marient et passe à l’acte dans la vie. Les séquences réelles sont filmées à la manière d’un univers virtuel, ce qui amène à une confusion totale entre les deux mondes. On est alors proche de Simulacres et simulation de Baudrillard, immense ouvrage qui est toujours d’actualité par ses réflexions infinies sur l’hyper-réalité de notre société moderne. Le film utilise d’ailleurs une analogie religieuse qui n’aurait pas déplu au philosophe français.